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Grâce à une internaute française, nous avons pu traduire cet article provenant d'un site de la défense des Droits de l'Homme en Chine. Aidez-nous à diffuser cette information, écoutons les pétitionnaires chinois. Source : 维权网 Narrateur : Chen Youren ; journaliste : Fan Yanqiong
Chen Youren, 60 ans cette année, fut jeté en prison après s’être plaint d’une injustice. C’est là qu’il fut témoin de tout l’engrenage dans lequel Ma Bingliang fut entraîné : c’est un détenu de 56 ans, battu à mort par un membre du personnel pénitencier. Chen Youren était abasourdi devant les phrases de haine écrites au tableau dans la salle multimédia, destinées à Ma Bingliang. Non seulement, cela n’a pas suscité l’attention des responsables départementaux, mais en revanche le supérieur auteur des coups fut frappé et injurié. De crainte que son témoignage n’entraîne plus de crimes à la prison, la libération de Chen Youren fut avancée de 4 mois.
La franchise de Chen Youren le poussa à se plaindre très longtemps de l’injustice dont sa famille fut victime : leurs biens furent pillés par le gouvernement. Il n’a jusqu’à aujourd’hui pas obtenu gain de cause. Son irritabilité le conduit à se mettre des fonctionnaires du gouvernement à dos. A la suite de quoi il fut envoyé à la prison de la ville de Nanping. Voici le témoignage qu’a fait Chen Youren à propos de Ma Bingliang, le détenu frappé à mort par son supérieur.
Chen Youren affirme que là-bas, des surveillants qui frappent les détenus sont monnaie courante. Pourquoi donc ? D’une part, pour plaisanter, et d’autre part c’est une punition pour avoir agi de son propre chef. Ceux qui se font frapper sont bien souvent stupides, ils tiennent tête aux supérieurs, ils n’écoutent pas, et ne sont bons à rien. Ce que détestent tout particulièrement les supérieurs sont les bons à rien. Il ne fait aucun doute qu’à leurs yeux, Ma Bingliang appartenait à ce type d’individu. Quant à l’argent issu du travail de production des détenus, personne ne savait à qui il reviendrait, ce qui favorisait l’incompréhension de Chen Youren. Il savait seulement que les surveillants étaient des employés du pays qui touchaient mensuellement un salaire.
Chen Youren expliqua que la prison de Nanping disposait de plus de cent surveillants, de plus de quarante détenus, et afin d’augmenter la productivité, la prison fit venir plus de quatre-vingts détenus venant de l’extérieur. Il leur était demandé de travailler environ dix heures par jour. Pour cette raison, Chen Youren se plaignait souvent ainsi aux surveillants : « nous sommes aussi peu nourris que des cochons et des chiens, et nous effectuons des tâches aussi harassantes que celles des bœufs et des chevaux ». C’est peut-être la raison pour laquelle la prison ne dévoila que la fonction du supérieur responsable de la mort de Ma Bingliang, et non pas son nom. Naturellement, il y a des choses bien plus obscures et criminelles que cela.
C’est le 29 décembre 2007 que Ma Bingliang commença à se retrouver dans une impasse. Ce soir là, l’instructeur de l’équipe numéro deux convoqua le personnel pénitentiaire dans la salle de classe pour faire le point. Lorsqu’ils en arrivèrent à réprimander Ma Bingliang de n’être bon à rien, celui-ci les contredit. Cela blessa l’instructeur dans son amour propre, et le mit en colère. Peu après, Ma Bingliang tomba au sol de la salle de classe suite aux coups reçus.
Le lendemain matin (le 30 décembre 2007), les détenus participèrent à des activités littéraires. Ma Bingliang, qui entra en prison pour les vols qu’il avait commis, récidiva en pénétrant dans la chambre numéro trois du bâtiment qu’il habitait, pour y voler deux jeux d’échecs. Il se fit dénoncer après s’en être vanté. C’est ainsi que la malchance arriva. Cet après-midi là, au moment où Ma Bingliang était aux toilettes, le chef de l’équipe numéro deux le frappa violemment avec sa matraque électrique. Ma Fanliang perdit immédiatement connaissance et tomba au sol. En voyant cela, Chen Youren demanda que l’on porte secours à Ma Bingliang en toute hâte, mais personne ne lui prêta attention. Ils apportèrent seulement un brancard dans la chambre numéro trois pour Ma Bingliang, qui était resté évanoui sur le sol glacé durant un long moment. Ce n’est que peu après vingt heures qu’un médecin arriva. Les détenus le comparaient à un vétérinaire ! Tout en jetant un coup d’œil furtif à Ma Bingliang, il lança « ce n’est rien, il fait semblant » et s’en alla. Par crainte de recevoir des coups, les détenus n’osèrent plus lui faire appel. Ils étaient impuissants face aux faibles chances de survie de Ma Bingliang.
Le surlendemain (le 31 décembre 2007), Chen Youren, voisin de la chambre numéro trois, pensa à Ma Bingliang qui fut frappé la veille, et il se précipita dans sa chambre. Il parut étonné à la vue du corps. Il vit seulement les yeux de Ma Bingliang, grand ouverts, l’air d’avoir gardé des secrets. « Il est mort » fut la première idée qui lui vint à l’esprit, mais il n’osait pas y croire, et ne désirait pas que ce soit vrai. Il s’empressa de retourner dans sa chambre chercher son co-détenu, nommé Wu, pour qu’il confirme les faits. Wu mit sa main devant le nez de Ma Bingliang et s’écria « il ne respire plus ! ».
Le 31 décembre 2007 fut le jour où Ma Bingliang décéda. Plus précisément, ce fut la matinée où il fut découvert mort. Mais que ce soit parmi les supérieurs ou parmi les détenus, personne ne savait à quel moment cela se produisit exactement. Sa famille ne sut pas non plus le moment du décès, ni quelle en était la cause. Alors que Ma Bingliang était mort, trouver un responsable était un problème que l’on ne pouvait résoudre. Plus rien ne pouvait être fait pour cette vie perdue. En revanche, il y avait toutefois un espoir de retrouver le coupable en cherchant la raison pour laquelle il était décédé.
A la surprise des détenus, le responsable du service se déplaça, et tout le monde raconta un passage de l’histoire dont il fut témoin. Peu de temps après, Chen Youren prit l’initiative de rendre compte à un inspecteur haut gradé nommé Huang Guo’an, mais celui-ci semblait peu concerné. D’une part, il rétorquait vigoureusement à Chen Youren « je sais, je sais », et d’autre part, il paraissait vouloir se débarrasser au plus vite de cet homme encombrant. Au grand regret de Chen Youren, qui piqua une colère inhabituelle. Depuis le jour où il fut libéré, personne ne chercha à faire une enquête auprès de lui.
Ce qui l’énervait encore plus, c’est que l’homme qui a frappé Ma Bingliang à mort fuyait ses responsabilités. Le chef de l’équipe numéro deux écrit un rapport dans lequel il expliqua que Ma Bingliang tomba et mourut parce qu’il faisait de l’hypertension, et que ce dernier fut contraint de signer de fausses déclarations de son vivant. Ils laissèrent sans doute courir parce que ces erreurs ont été commises en garde à vue. Chen Youren était révolté, il n’eut pas d’autres choix que d’écrire régulièrement sur le tableau de la salle multimédia : « faux témoignages », « il n’y a que des mauvais supérieurs, il n’y a pas de mauvais apprentis » pour crier l’injustice de Ma Bingliang et pour manifester sa propre indignation. Ces gestes lui valurent quelques représailles : à cinq reprises, il reçu des coups du chef de l’équipe numéro deux, dont une fois où il perdit connaissance et se fit emmener à l’hôpital.
Un jour de janvier 2009, Huang, sous-chef du département provincial pénitentiaire et d’autres fonctionnaires de la même branche se rendirent à la prison pour y faire une inspection. Chen Youren eut enfin l’occasion de condamner les faits qui furent étouffés un long moment auparavant, ainsi que le geste injustifié du supérieur auteur des coups. Encore aujourd’hui, Chen Youren ne sait pas si ces fonctionnaires ont fait des investigations. Une chose est sûre, c’est que Chen Youren observe tous les jours le supérieur qui a frappé Ma Bingliang, et qu’il agit de la même manière au travail ; il intimide les détenus de la même manière, et il lève la main sur eux aussi spontanément qu’avant. Rien n’avait changé.
De plus, ces surveillants forçaient les détenus à jouer une pièce nommée « mentir » devant une caméra. A la veille du printemps 2009, le sous-directeur Fan Yangshan dirigea une commission à la demande de la ville de Nanping, composée de fonctionnaires gouvernementaux, afin d’apaiser les tensions. En réalité, il s’agissait de tourner un reportage dans lequel quelques détenus devaient vanter combien la prison était bien. Il était évident que cela allait à l’encontre de la vérité et de la volonté des détenus. Cependant, ils n’osèrent pas bousculer les supérieurs. C’est cela même qui créa un conflit entre Chen Youren, exaspéré, et le sous-directeur Fan. Sous le coup de la colère, Chen Youren n’eut pas peur de commettre l’erreur de trop, et il mit une claque au sous-directeur Fan. Malgré quelques ricanements, ce ne fut pas la goutte d’eau qui fit déborder le vase, mais cette « gifle » avança de quatre mois la libération de Chen Youren.
Quelques jours après, le détenu se fit ramener chez lui en voiture par un des surveillants en personne, et se fit escorter par trois autres véhicules. Chen Youren n’aurait jamais pu espérer avoir cela, même en rêve.
9/03/2009
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